jeudi 27 juin 2013

Lu pour vous: Affaire Snowden: l'Equateur hausse le ton face aux Etats-Unis




Par Quito (AFP)© 2013 AFP

 L'Equateur a haussé le ton jeudi face aux Etats-Unis en renonçant à un accord douanier qualifié "d'instrument de chantage", un geste spectaculaire au moment où Quito examine la demande d'asile de l'ex-consultant Edward Snowden, recherché pour espionnage par Washington.
Dans une déclaration aux allures martiales, le gouvernement de Quito a renoncé "de manière unilatérale et irrévocable" à cet accord qui octroyait des tarifs préférentiels en contrepartie de ses efforts pour lutter contre le trafic de drogue, assurant n'accepter "ni des pressions ni des menaces de personne".
"L'Equateur ne marchande pas avec les principes, il ne les soumet pas à des intérêts mercantiles, aussi importants qu'ils soient", selon ce message lu par le ministre de la Communication Fernando Alvarado.
Cette mise au point intervient alors que le pays latino-américain, dirigé par le président socialiste Rafael Correa, étudie la demande d'asile de l'ancien consultant de l'Agence nationale de sécurité (NSA), à l'origine de la révélation d'un vaste programme américain de surveillance téléphonique et électronique. M. Snowden se trouve actuellement dans la zone internationale de transit de l'aéroport Moscou-Cheremetievo.
Selon la déclaration des autorités de Quito, ces accords douaniers, signés par les Etats-Unis avec plusieurs pays andins et appliqués en Equateur depuis 1991, sont en réalité "devenus rapidement un nouvel instrument de chantage".
La présidence équatorienne a précisé, sur son site internet, que des "pressions explicites et implicites" avaient été exercées par les Etats-Unis à propos de l'"examen de la demande d'asile d'Edward Snowden", ainsi que sur "l'asile accordé à Julian Assange", le fondateur du site WikiLeaks, réfugié depuis un an à l'ambassade d'Equateur à Londres.
De son côté, Washington a averti qu'un éventuel octroi de l'asile par Quito "créerait de graves difficultés" pour les relations bilatérales. "S'ils prenaient cette mesure, il y aurait des répercussions très négatives", a prévenu le porte-parole adjoint du département d'Etat, Patrick Ventrell.
Au pouvoir depuis 2007, M. Correa, un dirigeant aux relations tendues avec les Etats-Unis, a affirmé depuis dimanche qu'il examinait avec un "très grand sens des responsabilités" et dans le "respect absolu de la souveraineté" la demande d'asile, comme dans le cas d'Assange, autre bête noire de Washington après avoir divulgué sur son site des centaines de milliers de câbles confidentiels américains.
La ministre équatorienne chargée des relations avec le Parlement, Betty Tola, a assuré que le gouvernement n'avait "pas autorisé la délivrance d'aucun sauf-conduit ou document de réfugié" à M. Snowden, précisant que sa demande d'asile n'avait "pas encore pu être traitée car le demandeur ne se trouve pas en territoire équatorien".
Cette mise au point intervient alors que la chaîne américaine Univision a annoncé auparavant que le consul équatorien à Londres avait octroyé un sauf-conduit au jeune américain de 30 ans, dont le passeport a été révoqué par les Etats-Unis.
"Tout document de ce type n'a aucune validité et relève de la responsabilité exclusive de celui qui l'a émis", a souligné Mme Tola.
La ministre a aussi estimé que les sanctions dont est menacé M. Snowden "pourraient violer la Convention interaméricaine des droits de l'homme, que les Etats-Unis n'ont malheureusement pas signée".
La résiliation de l'accord douanier avec les Etats-Unis devance la décision que devait prendre à ce sujet le Congrès américain. Depuis plusieurs semaines, le président Correa, qui a été réélu en février pour un nouveau mandat de quatre ans, avait évoqué le risque que les parlementaires ne renouvellent pas cet accord.
Dans sa déclaration de jeudi, le gouvernement équatorien réaffirme que la Maison Blanche a brandi des "menaces" et fait preuve d'"insolence" dans ce dossier des tarifs préférentiels, qui représentent une économie annuelle d'environ 23 millions de dollars pour ce pays andin de plus de 15 millions d'habitants.
Concernant la lutte antidrogue, le fondement de cet accord commercial, Quito a aussi critiqué la stratégie américaine en la matière, dénonçant "des violations contre les droits de l'homme et la souveraineté des peuples".
Au sein de l'opposition et des milieux d'affaires, très hostiles au chef de l'Etat, la position "anti-impérialiste" de M. Correa suscite depuis plusieurs jours des remous, avec la crainte de représailles de la part des Etats-Unis, premier partenaire commercial de l'Equateur qui lui destine 40% de ses exportations.
L'abandon de l'accord douanier est une "décision erronée et précipitée car il n'y avait aucune annonce formelle du gouvernement des Etats-Unis menaçant de le retirer", a déploré Roberto Aspiazu, responsable du Comité patronal équatorien, interrogé par l'AFP.

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