lundi 8 juillet 2013

Accident ferroviaire au Québec: A Lac-Mégantic, ville dévastée

REPORTAGE La localité québécoise sous le choc après la catastrophe ferroviaire qui a fait au moins cinq morts et des dizaines de disparus.



La course folle d’un train en flammes aura fait de Lac-Mégantic une ville en deuil, qui se retrouve à souffrir en même temps toutes sortes de morts : disparition de dizaines de victimes, dont au moins cinq décès confirmés; dévastation totale d’un centre-ville historique; économie touristique grevée et des gens sans emploi, sans maison; jusqu’à une grande fragilité environnementale, les déversements de pétrole ayant porté atteinte à la majesté du lac et la rivière qui se trouve à son embouchure.
«Désolation». C’est devenu le maître mot utilisé à la ronde par plusieurs depuis qu’un train de la Montreal, Maine and Atlantic Railway Inc. a littéralement enflammé le cœur de la ville vers 1 heure samedi, dans une série d’explosions à la force destructrice. Il exprime tant la détresse des proches des disparus, évalués par les autorités à environ 40, que l’ampleur du sinistre urbain, municipal, environnemental et historique. Dimanche soir encore, il était impossible d’associer une cause précise à l’ampleur de cette désolation, l’enquête se faisant à pas menus, au rythme où les pompiers autorisent l’entrée des enquêteurs sur la «scène de crime». Impressionné par son passage près du cratère laissé par la tragédie, le premier ministre Stephen Harper a carrément parlé d’un«site de guerre».
Pendant toute la fin de semaine, Lac-Mégantic a tenté de recoller des morceaux, le tout suivant le rythme d’informations dévoilées au compte-gouttes. La raison principale étant bien sûr l’incapacité pour les enquêteurs de la Sûreté du Québec d’accéder au périmètre le plus dévasté, et dont le cœur était le resto-pub Musi-Café, dont il ne reste aujourd’hui plus rien, sinon la marque de fondations. C’est ce qu’a expliqué au Devoir le pompier volontaire Pascal Plamondon, venu de Sherbrooke prêter main-forte aux équipes locales. «Le Musi-Café, il n’en reste rien. Il est rasé au sol. Ce sont seulement des fondations qui restent, de la poussière.» La force du brasier a impressionné tous ceux qui en ont été témoins et ont pu y échapper. On parle d’arbres majestueux devenus chicots. D’un parc (celui des Vétérans) rasé par le feu. De coulées de «lave» — du pétrole enflammé — courant dans les rues, et jusque dans le lac. Jean Gauthier, résidant de Lac-Mégantic qui a tout filmé depuis son balcon, témoin privilégié de l’horreur, craint la suite des choses. «Le pire est à venir, tout le monde le sait.»
Entre autres chocs à venir, la liste des morts confirmés : si, comme plusieurs le craignent, plusieurs jeunes attablés au Musi-Café en cette nuit de fête samedi sont des victimes, c’est tout un pan de jeunesse et d’avenir qui s’envolera.
Dans la voix du ministre de la Santé Réjean Hébert, responsable de la région de l’Estrie, on sentait dimanche une grande pointe de cette tristesse enrobant la ville et perceptible partout, sur les balcons des résidences réinvesties dimanche après-midi, dans les restaurants remplis de journalistes, policiers et pompiers de passage. Depuis l’hôpital où il a établi son campement, le ministre constate un calme anormal.«Ils ont reçu un cas de personnes incommodées par le feu, deux autres pour des blessures, mais rien de plus. Ça en dit long.» Ces images de centre-ville cratère laissent très peu d’espoir de retrouver des vivants. L’hôpital s’était placé samedi au petit matin en mode alerte orange, prêt à accueillir des hordes de blessés, mais aucun transport d’ambulance n’a été fait depuis le site jusqu’au centre hospitalier. Le brasier était si vif, si large, qu’aucun secours ne pouvait y accéder.

«Il ne reste rien»

Et des structures en bon état ? «Tout est à refaire dans le centre-ville de Lac-Mégantic», dit le ministre Hébert. La force des explosions et l’intensité du feu ont ravagé les égouts de surface, les lignes téléphoniques, hydroélectriques, la fibre optique. «Il ne reste rien.»
Sans compter une bibliothèque et ses archives envolées en fumée. Des commerces, dont certains tout juste rénovés. Les résidences somptueuses de la rue des Vétérans, toutes flambées. Et un resto-pub devenu tristement célèbre.
L’impact environnemental demeure aussi très préoccupant : dimanche encore, les experts de la santé publique en étaient à faire l’analyse des résidus toxiques laissés par les nuages de pétrole enflammés ayant envahi le ciel, particulièrement samedi toute la journée. «Nous en sommes à vérifier si cela a causé une poussière toxique sur les jouets des enfants, dans l’eau des piscines, sur les légumes du jardin», dit le Dr Hébert.
Si l’eau du lac Mégantic est somme toute relativement peu touchée, le flot de pétrole ayant emprunté la rivière Chaudière, située à l’embouchure, on ne peut en dire autant justement de cette rivière, qui préoccupait hautement les autorités du ministère dimanche encore. Des municipalités comme Saint-Jude et Saint-Georges, dont l’approvisionnement en eau potable est puisé directement dans la Chaudière, sont appuyées par des experts pour assurer l’approvisionnement des populations.
«Trois estacades ont été installées sur la rivière Chaudière et des intervenants assurent une veille pour repérer tout indice d’arrivée du pétrole déversé et ainsi intervenir en collaboration avec les municipalités, le cas échéant», a indiqué le ministère de l’Environnement par voie de communiqué. Les équipes du ministère évaluent également les impacts sur les sources.
Tout sera à reconstruire, au-dedans comme au-dehors, hormis les vies en mille morceaux. Le Premier ministre Stephen Harper s’est refusé dimanche à démarrer la ronde des sommes à distribuer, affirmant que ce n’était pas la journée. Mais des programmes existent pour cela, a-t-il soutenu, histoire de rassurer les inquiets.
Un riverain, venu épauler ses parents âgés, troublés par le drame affectant leur ville, explique : «Il y a les vies perdues, évidemment. Puis le quartier qu’on ne retrouvera jamais plus. Puis les emplois perdus, les commerces qui ont disparu. Il y a l’environnement, parce qu’on n’a pas fini de trouver sans doute des séquelles de cette tragédie. Des moments durs sont à venir.»
Source libération.fr © «Le Devoir»

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