vendredi 6 juin 2014

Deux trafiquants d’ivoire arrêtés et condamnés à Dakar



C’est fait ! L’Etat du Sénégal a sanctionné pour la première fois le commerce illégal des espèces protégées. Le pays se lance ainsi dans la lutte contre ce crime organisé transnational. Le mardi 20 mai 2014, lors de deux opérations mixtes composées de la Division des investigations criminelles (Dic), du Ministère de l’Environnement et du Développement Durable et du Projet SALF, deux trafiquants en possession de 388 objets d’ivoire d’éléphants ont été arrêtés en flagrant délit. Les objets sont principalement des bijoux en ivoire.

Ce type d’action est une première du genre au Sénégal et entre en droite ligne de la mise en place d’une collaboration entre l’Etat et un Réseau de partenaires internationaux spécialisés en la matière, le projet SALF (Sénégal-Application de la Loi Faunique) et le réseau EAGLE (Eco-Activist for Governance and Law Enforcement) qui opère dans de nombreux Etats africains.

Eloi Sokoto SIAKOU, trafiquant de nationalité ivoirienne a été arrêté en flagrant délit lors du premier raid en possession d’une grande quantité d’ivoire. Puis, moins d’une heure plus tard, l’équipe mixte a été redéployée pour procéder à l’interpellation d’un second trafiquant, Modou SARR, un des fournisseurs de Siakou et propriétaire d’une partie des 388 objets d’ivoire saisis. Après audition et mise en garde à vue, ils ont été déférés devant le Tribunal de Dakar et mis sous mandant de dépôt en attendant leur jugement. La valeur des produits saisis est d’environ 6 millions de francs CFA dans un système où le kilogramme d’ivoire est vendu 2000 dollars sur le marché international.

Professionnels, suspicieux et bien connecté à l’international, de la Côte d’Ivoire à la France en passant par les USA, ils appartiennent à des réseaux de dealeurs avérés dans ce commerce illégal d’espèces protégées. L’investigation menée sur les activités de ces réseaux a permis de comprendre les modes opératoires et leurs craintes des arrestations.

Les éléphants sont intégralement protégés au Sénégal. La détention, la circulation et la vente de trophées d’éléphant, sont interdites par  l’article L.32 du Code de la chasse et de la protection de la faune loi n° 86-04 du 24 janvier 1986. Les contrevenants peuvent être punis de peine allant jusqu’à 1 an de prison et d’une amende de 1.200.000 francs Cfa.

Le Sénégal a également ratifié la Convention CITES dite « Convention de Washington » en 1977 (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction), une Convention des Nations Unies qui réglemente et garantit que le commerce international des espèces inscrites dans ses annexes, ainsi que les parties et produits qui en sont issus, ne nuit pas à la conservation de la biodiversité et repose sur une utilisation durable des espèces.

Il faut saluer l’effort et l’action remarquable des autorités sénégalaises qui ont contribué à la réussite de ces opérations. Ainsi, le Sénégal rejoint de nombreux autres pays d’Afrique dans la lutte active contre ce crime et se met désormais au rang des pays héroïques qui luttent pour sauver le patrimoine de l’Afrique.

Cette première action a été fortement saluée et félicitée par la communauté internationale et il faut espérer que les Gouvernements étrangers continuerons à appuyer le Sénégal face à ce fléau.
Toutefois, contrairement à ce que l’on attendait de la Justice Sénégalaise, le Tribunal Départemental de Dakar a infligé le vendredi 30 mai 2014 une peine plutôt faible. Ils ont été condamnés à trois mois d’emprisonnement dont un mois ferme et au paiement de 500.000 FCFA.

Il est vrai que ce sont encore des délits mal connus par la Justice sénégalaise, mais la clémence du Tribunal est d’autant plus surprenante que l’article L. 32 du Code de la chasse et de la protection de la faune prévoit des peines pouvant aller jusqu’à 1 an de prison.

Aussi, l’affaire a prouvé que les deux trafiquants connaissaient parfaitement la nature illégale de leur activité. Eloi SIAKOU SOKOTO a ainsi déclaré : « Le commerce de l’ivoire rapporte beaucoup plus d’argent que les autres business mais je sais que c’est interdit et c’est très dangereux.» De même que Modou SARR qui a intentionnellement mentionné sur sa carte de visite « vendeur d’ivoire ». Ils ont donc fait le choix de s’impliquer dans la contrebande de produits frauduleux en toute connaissance de cause et en dépit des lois sénégalaises. Sachant que la loi faunique est appliquée dans d’autres pays qu’ils craignent, ils préfèrent opérer en toute illégalité et en toute impunité en territoire sénégalais.

Le commerce illégal des espèces est un crime organisé transnational. Il ne s’agit pas de braconnage localisé. Il s’agit du 4ème commerce illégal le plus important au monde après celui des armes, de la drogue et des êtres humains selon le Congrès des Nations Unies sur le Crime. Il représente environ 19 milliards de dollars de profit chaque année au niveau mondial. Il est le fait de réseaux criminels souvent puissants et organisés.

Depuis quelques années, les massacres d’éléphants se sont intensifiés de façon spectaculaire, ils se font à grande échelle, à un rythme sans précédent et avec des méthodes de plus en plus sophistiquées. 96 éléphants sont tués chaque jour en Afrique, ce qui représente 35 000 éléphants tués par an, uniquement pour leur ivoire. La demande asiatique, moteur du trafic d’ivoire international, est la cause directe de la chute massive des populations d’éléphants partout en Afrique et si rien n’est fait maintenant, l’éléphant pourrait disparaitre d’ici à 2030.

Aujourd’hui des preuves irréfutables attestent que l’explosion du trafic d’ivoire porte atteinte à la stabilité et à la sécurité des Etats africains car les braconniers et trafiquants ont des puissances de feu de plus en plus importantes et parce que ce trafic est lié au terrorisme et finance les guerres dans certaine région, les groupes terroristes somaliens Al-Shaabab, les Jenjawids sud-Soudannais et les LRA de Joseph Kony sont impliqués dans la contrebande d’ivoire internationale.

Ce trafic met en péril les écosystèmes et la survie des personnes qui en dépendent, et a également un impact non négligeable sur l’économie du tourisme en Afrique. Le trafic de la faune est un problème de conservation, un problème économique, un problème de sécurité et un problème de santé.

De plus en plus d’Etat africain prennent cette menace au sérieux. A l’image des autres pays de la sous région où ces mêmes infractions sont punies par des peine allant jusqu’à 15 ans d’emprisonnement, le Sénégal ne doit être en reste et devrait procéder à une réforme de son Code. Mais d’ici là, les autorités sénégalaises doivent relever le défi de la lutte contre ce crime organisé et faire appliquer la loi, afin de stopper le massacre, stopper le trafic, stopper la demande !


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